Écrit par
— CYCLO RH
Gestionnaire de paie freelance certifié Silae

Le plafond de rémunération retenu pour calculer les IJSS AT/MP baisse fortement à compter du 1er novembre 2026.

Informations juridiques et conventionnelles vérifiées au 6 octobre 2026.
À compter du 1er novembre 2026, le calcul des indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS) versées en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle (AT/MP) va profondément changer pour les salariés percevant les rémunérations les plus élevées.
Le décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026 abaisse fortement le plafond de rémunération servant au calcul des IJSS AT/MP. La limite passe de 0,834 % à 0,226 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit, selon la notice du décret, l’équivalent d’environ 1,8 SMIC. Pour les employeurs tenus de maintenir tout ou partie du salaire, la conséquence peut être directe : une part plus importante de l’indemnisation restera à leur charge.
La réforme ne modifie ni les taux de 60 % et 80 % appliqués aux IJSS AT/MP, ni le principe du maintien de salaire. Elle agit en amont, sur le salaire journalier maximal pris en compte. Pour les salariés dont la rémunération dépasse le nouveau plafond, l’écart peut donc être important et doit être anticipé dans les paies de novembre.
L’essentiel à retenir
Le décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026, publié au Journal officiel du 1er octobre, modifie l’article R. 433-2 du Code de la sécurité sociale. La limite maximale de rémunération utilisée pour calculer les indemnités journalières dues au titre des accidents du travail et maladies professionnelles passe de 0,834 % à 0,226 % du plafond annuel de la Sécurité sociale. Légifrance
La baisse est considérable : le coefficient utilisé pour déterminer le plafond diminue d’environ 72,9 %. Cela ne signifie toutefois pas que toutes les IJSS AT/MP vont diminuer de 72,9 %. Les salariés dont le salaire journalier reste inférieur au nouveau plafond ne seront pas concernés par cet écrêtement.
La notice du décret explique expressément l’objectif poursuivi : dans un contexte de dégradation du solde de la branche AT/MP, le Gouvernement entend « responsabiliser davantage les employeurs ». Elle précise que la réforme entraînera une mobilisation accrue du complément de salaire versé par l’employeur.
Point de vigilance
La réforme ne crée pas une nouvelle obligation générale de maintien de salaire. Elle augmente potentiellement le coût des dispositifs de maintien lorsqu’un complément est déjà dû en application de la loi, d’une convention collective, d’un accord, du contrat de travail ou d’un usage plus favorable.
Pour 2026, le plafond mensuel de la Sécurité sociale est fixé à 4 005 €, soit un PASS de 48 060 €. Légifrance
L’application des deux coefficients permet de mesurer immédiatement l’ampleur du changement :
| Paramètre | Avant la réforme | À compter du 1er novembre 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Coefficient du PASS | 0,834 % | 0,226 % | – 72,9 % |
| PASS 2026 | 48 060 € | 48 060 € | Inchangé |
| Salaire journalier maximal retenu | 400,82 € | 108,62 € | Forte baisse |
| Équivalent mensuel indicatif | Environ 12 194 € | Environ 3 304 € | Environ 1,8 SMIC selon la notice du décret |
Le seuil mensuel d’environ 3 304 € brut est obtenu en appliquant au nouveau plafond journalier la référence de 30,42 utilisée pour les salariés mensualisés. Il s’agit d’un ordre de grandeur permettant d’identifier les salariés susceptibles d’être touchés, et non d’un nouveau plafond mensuel inscrit comme tel dans le Code de la sécurité sociale.
En pratique
Un salarié rémunéré 3 000 € brut par mois présente, dans une situation simple de mensualisation, un salaire journalier d’environ 98,62 €. Il reste inférieur au nouveau plafond de 108,62 € : la réforme ne réduit donc pas ses IJSS du seul fait de ce nouveau plafond. À l’inverse, un salarié rémunéré 4 000 €, 5 000 € ou davantage sera susceptible d’être écrêté.
Pour un salarié mensualisé, le salaire journalier servant de base au calcul est déterminé en divisant la rémunération du mois civil précédant l’arrêt par 30,42. L’article R. 433-4 du Code de la sécurité sociale fixe cette méthode. Légifrance
Ce salaire journalier est ensuite soumis au plafond prévu par l’article R. 433-2. À partir du 1er novembre 2026, il ne pourra donc être retenu au-delà de 108,62 € avec le PASS applicable en 2026. Légifrance
Les taux d’indemnisation restent en revanche inchangés :
À partir du nouveau plafond de 108,62 €, l’application de ces taux conduit donc, avant les autres limites éventuellement applicables, à environ :
| Période d’arrêt | Taux | Montant issu du nouveau plafond 2026 |
|---|---|---|
| Du 1er au 28e jour | 60 % | Environ 65,17 € par jour |
| À compter du 29e jour | 80 % | Environ 86,89 € par jour |
L’indemnité calculée ne peut par ailleurs pas dépasser le gain journalier net du salarié. Cette limite continue à s’appliquer et doit être distinguée du nouveau plafond du salaire journalier de référence.
Le conseil CYCLO RH
Ne remplacez pas simplement les anciens montants maximaux par 65,17 € et 86,89 € dans un calcul manuel. Il faut d’abord déterminer le salaire journalier réel, appliquer le nouveau plafond lorsqu’il est dépassé, puis contrôler les autres limites prévues par le régime AT/MP.
Prenons le cas simplifié d’un salarié mensualisé percevant 5 000 € brut le mois précédant son arrêt.
Son salaire journalier de référence avant plafonnement est :
5 000 € / 30,42 = 164,37 €
Avec l’ancien plafond de 400,82 €, le salaire journalier de 164,37 € n’était pas écrêté. Avec le nouveau plafond, seuls 108,62 € seront retenus.
| Calcul | Ancienne règle | Nouvelle règle | Écart |
|---|---|---|---|
| Salaire journalier retenu | 164,37 € | 108,62 € | – 55,75 € |
| IJ à 60 % | 98,62 € | 65,17 € | – 33,45 €/jour |
| Écart sur 28 jours à 60 % | — | — | Environ – 936,60 € |
Sur les seuls 28 premiers jours, l’écart théorique d’IJSS atteint donc près de 937 € dans cet exemple, avant prise en compte des prélèvements, des autres plafonds et des particularités du dossier.
À compter du 29e jour, le taux passe à 80 %. L’écart reste important, mais le calcul doit également tenir compte de la règle selon laquelle l’IJ ne peut pas excéder le gain journalier net du salarié.
Point de vigilance
Cet exemple isole volontairement l’effet du nouveau plafond. Il ne constitue pas un calcul complet de maintien de salaire : celui-ci dépend notamment de l’ancienneté, de la convention collective, de la rémunération à maintenir, des IJ effectivement versées et, le cas échéant, de la prévoyance.
L’article L. 1226-1 du Code du travail prévoit, sous certaines conditions, une indemnité complémentaire à la charge de l’employeur lorsque le salarié est absent pour maladie ou accident. Le salarié doit notamment remplir la condition d’ancienneté prévue par le texte et être pris en charge par la Sécurité sociale. Légifrance
Dans le régime légal, l’indemnisation complémentaire permet en principe d’atteindre 90 % de la rémunération brute pendant les 30 premiers jours, puis deux tiers pendant les 30 jours suivants. Pour un accident du travail ou une maladie professionnelle, hors accident de trajet, cette indemnisation court à compter du premier jour d’absence lorsque les conditions légales sont remplies.
Les allocations versées par la Sécurité sociale sont déduites de l’indemnité complémentaire. La logique est donc simple : si les IJSS diminuent alors que le niveau de rémunération à garantir reste identique, le complément à financer par l’employeur augmente. Légifrance
C’est précisément cet effet que le Gouvernement met en avant dans la notice du décret en indiquant que la réforme conduira à une « mobilisation accrue » du complément employeur.
En pratique
Le principal risque consiste à raisonner uniquement sur la baisse des IJSS sans recalculer le maintien. Pour un salarié au-dessus du nouveau plafond, la diminution du remboursement de la Sécurité sociale peut être partiellement ou totalement absorbée par l’entreprise si celle-ci doit garantir un pourcentage déterminé de la rémunération.
Le régime légal ne constitue qu’un minimum. De nombreuses conventions collectives prévoient des garanties plus favorables en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle.
Selon le texte applicable, la convention peut notamment prévoir :
Plus la garantie conventionnelle est élevée, plus la baisse des IJSS peut déplacer le financement vers l’employeur ou, selon les dispositions du régime applicable, vers l’organisme de prévoyance.
Le conseil CYCLO RH
Avant le 1er novembre 2026, identifiez les conventions collectives de votre portefeuille prévoyant un maintien favorable en AT/MP. Ce sont les dossiers comportant des salariés au-dessus du nouveau plafond qui méritent le contrôle le plus rapide.
La réforme ne modifie pas, à elle seule, le mécanisme de subrogation. Lorsque l’employeur maintient la rémunération et perçoit directement les IJSS à la place du salarié, la caisse continuera à lui verser les indemnités auxquelles le salarié a droit.
En revanche, lorsque le nouveau plafond s’applique, le montant reçu de la caisse peut être sensiblement inférieur. À niveau de maintien identique, le remboursement encaissé par l’entreprise diminue tandis que la part restant effectivement à sa charge augmente.
Le changement doit donc être pris en compte dans :
Les logiciels de paie devront naturellement tenir compte du nouveau paramètre. Les gestionnaires de paie doivent néanmoins rester vigilants sur les dossiers comportant un maintien spécifique ou des paramétrages personnalisés.
Point de vigilance
Une estimation d’IJSS enregistrée en paie avant réception du décompte de la caisse doit être rapprochée du montant réellement versé. La forte baisse du plafond augmente le risque d’écart si un ancien paramètre est utilisé dans un calcul manuel, un tableau de contrôle ou un paramétrage spécifique.
Le décret prévoit que le nouveau plafond s’applique aux indemnités journalières versées au titre d’arrêts résultant d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle survenu à compter du 1er novembre 2026.
La date de paiement des IJSS n’est donc pas, à elle seule, le critère déterminant.
| Situation | Plafond applicable |
|---|---|
| Accident du travail survenu le 31 octobre 2026 | Ancienne limite de 0,834 %, y compris si l’arrêt se poursuit en novembre. |
| Accident du travail survenu le 1er novembre 2026 | Nouvelle limite de 0,226 %. |
Pour les maladies professionnelles, il convient de se référer à la date retenue dans le dossier au titre du risque professionnel et aux informations transmises par la caisse, plutôt que de déduire l’application de la réforme de la seule date de versement des IJSS.
En pratique
Lorsqu’un arrêt AT/MP chevauche le 1er novembre, ne modifiez pas automatiquement le plafond en cours d’arrêt. Commencez par identifier la date du sinistre ou la situation retenue par la caisse pour déterminer si le nouveau régime est réellement applicable.
La réforme étant applicable dès le mois suivant sa publication, les entreprises et professionnels de la paie disposent de peu de temps pour sécuriser leurs pratiques.
Les principaux contrôles à effectuer sont les suivants :
À la date de vérification de cet article, les pages d’information de l’Assurance Maladie présentent encore les plafonds applicables avant cette réforme, soit 240,49 € pendant les 28 premiers jours et 320,66 € à compter du 29e jour pour 2026. Le décret publié au Journal officiel constitue donc la référence à retenir pour les sinistres entrant dans le nouveau régime. Assurance Maladie
Le traitement d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle ne se limite pas à enregistrer une absence. Il faut articuler les IJSS, le maintien de rémunération, la convention collective, la subrogation et, lorsque cela s’applique, les prestations de prévoyance.
CYCLO RH peut prendre en charge l’externalisation de la paie et le suivi des arrêts de travail afin d’intégrer les évolutions réglementaires dans le traitement mensuel des bulletins.
Lorsqu’un dossier présente un doute sur un maintien de salaire, une subrogation ou un paramétrage existant, un audit et contrôle de paie permet également de vérifier le calcul appliqué et d’identifier les éventuels écarts.
Les cabinets comptables confrontés à des portefeuilles multi-conventions peuvent aussi s’appuyer sur la sous-traitance paie pour cabinet comptable pour renforcer ponctuellement ou durablement leur production sociale.
Non. Les taux restent fixés à 60 % pendant les 28 premiers jours puis à 80 % à partir du 29e jour. C’est le plafond du salaire journalier servant au calcul qui est fortement abaissé.
Avec un PASS 2026 de 48 060 €, l’application du coefficient de 0,226 % conduit à un plafond d’environ 108,62 € par jour.
Non. Le nouveau plafond ne réduit les IJSS que lorsque le salaire journalier normalement retenu dépasse cette limite. Les rémunérations inférieures au seuil ne sont pas écrêtées par cette nouvelle règle.
Avec les paramètres 2026 et pour un salarié mensualisé, le seuil correspond à environ 3 304 € brut mensuels. La notice officielle présente cette limite comme équivalente à environ 1,8 SMIC.
Pas dans toutes les situations. L’impact dépend de l’existence et du niveau du maintien de salaire légal, conventionnel ou contractuel. Lorsqu’un montant déterminé doit être garanti au salarié, la diminution des IJSS peut toutefois augmenter la part financée par l’employeur.
Non. Le mécanisme de subrogation n’est pas supprimé. En revanche, lorsque le nouveau plafond réduit les IJSS, l’employeur subrogé perçoit un remboursement moins élevé de la caisse.
Non pour un accident du travail survenu avant cette date : le décret rattache l’application de la nouvelle limite au sinistre survenu à compter du 1er novembre 2026, et non à la seule date de paiement des IJSS.
Oui. Certaines conventions prévoient un maintien plus favorable que le régime légal, parfois jusqu’à 100 % du salaire. Plus la garantie est élevée, plus la baisse des IJSS peut avoir un impact financier sur le maintien à la charge de l’entreprise.
À propos de ces informations
Cet article fournit une information générale au regard des textes et sources disponibles à la date de vérification indiquée. Malgré le soin apporté à sa rédaction, certaines informations peuvent évoluer ou comporter des erreurs. Son contenu ne constitue pas une consultation juridique individualisée et doit être adapté à chaque situation particulière. Consulter nos mentions légales.
CYCLO RH vous accompagne dans le traitement des arrêts de travail, le contrôle des maintiens de salaire et de la subrogation ainsi que dans l’application des règles conventionnelles afin de fiabiliser vos bulletins à compter de novembre 2026.